IXP associatifs, commerciaux ou issus de la recherche

comprendre les modèles sans les opposer pour choisir sur quel IXP se connecter

Introduction : l’interconnexion IP (peering, BGP) et le statut juridique des structures qui les opèrent

Un point d’échange internet, Internet Exchange Point en anglais, ou IXP, est une infrastructure au sein de laquelle des réseaux (autonomous system ASN) se connectent pour échanger directement du trafic IP. Il peut s’agir d’opérateurs, de fournisseurs de contenus, de services publics, de grandes entreprises ou de startup mais sans limitation à ces seuls types d’acteurs. En rapprochant les réseaux qui souhaitent se joindre, il réduit la parcours des flux de données, améliore la latence, crée une nouvelle route, améliore la redondance et l’autonomie d’un territoire. L’Internet Society (ISOC) rappelle qu’un IXP est un lieu physique et neutre où des réseaux se rencontrent pour échanger leur trafic local.

Certains IXP sont créés par des associations, d’autres sont académiques (créé par des universités, recherche), d’autres enfin sont des sociétés privées. Un IXP peut aussi être exploité par une société privée, elle-même entièrement contrôlé par une association, c’est d’ailleurs le modèle le plus fréquent en Europe parmi les grands IXP (DE-CIX, AMS-IX, France-IX). Certaines associations n’ont pas jugé utile de créer une sur-structure et gèrent leur IXP en direct. C’est le cas de LINX à Londres.

Un IXP propose de base un échange de peering (en niveau 2 sur le modèle OSI), mais il peut aussi proposer, des circuits Ethernet, des services de connectivité cloud, de l’interconnexion routée de couche 3. Il est en général contraint par des notions de concurrences avec ses propres membres/clients et ne peut donc pas proposer tous les services sans risquer de concurrencer et donc de froisser ses membres/clients.

Cette diversité des types de structures est un trait durable de l’écosystème européen. Euro-IX, l’association européenne des IXP, a été créée en 2001 afin de faire progresser la communauté des points d’échange, notamment par le partage de connaissances, de procédures, de statistiques et de pratiques communes. L’ISOC souligne pour sa part que les modèles commerciaux, non lucratifs et communautaires répondent à des situations différentes et apportent des atouts propres à leurs environnements.

Angle éditorial. Cet article ne cherche pas à désigner un « meilleur » modèle. Il propose une grille de lecture : comprendre qui contrôle l’infrastructure, qui l’exploite, quels services elle délivre et selon quelles règles, puis examiner les conséquences pratiques de ces choix.



Figure 1. Une même plateforme peut combiner des attributs relevant du contrôle, de l’exploitation, des services et des règles de gouvernance. Source : analyse documentaire FRNIX, 4 septembre 2026.

Quatre questions avant de classer un IXP

1. Qui contrôle l’organisation ?

La première question concerne le centre de décision.

  • Dans un modèle associatif ou collectif, les membres, une association professionnelle, un consortium ou une fondation contrôlent l’orientation de l’organisation.
  • Dans un modèle public ou académique, l’infrastructure relève d’une université, d’un réseau national de recherche et d’enseignement, ou d’un organisme public.
  • Dans un modèle commercial, la décision relève d’un acteur, en général lui-même opérateur télécom, ou d’un datacenter, avec des actionnaires privés.

Mais une société (comme DE-CIX Group AG, France-IX SASU ou AMS-IX BV) peut être une forme opérationnelle adaptée à la contractualisation, au recrutement ou à l’investissement, sans que son capital soit détenu par des investisseurs privés. La forme juridique n’est pas, à elle seule, une preuve de la nature de la gouvernance.

2. Qui exploite techniquement et commercialement la plateforme ?

L’exploitation peut être directe, par exemple dans une université ou une structure associative. Elle peut aussi être confiée à une société filiale ou à un prestataire spécialisé. Cela concerne l’ingénierie réseau, la supervision, le support, les contrats de colocation, les achats d’équipement et la relation client.

Le cas de France-IX illustre clairement cette séparation. FRNIX est une association à but non lucratif ; elle détient France-IX Services SASU à 100 %, l’opérateur de l’IXP France-IX, et conserve la responsabilité des décisions majeures. La société assure l’exploitation professionnelle, avec un comité stratégique associant des représentants de l’association et des administrateurs indépendants.

3. Que fournit réellement l’infrastructure ?

Le socle traditionnel est un fabric de peering de couche 2, sur lequel les membres échangent du trafic selon une politique de peering et des règles techniques communes. Beaucoup de plateformes enrichissent ensuite cette base avec des accès distants, des services Ethernet, de l’interconnexion privée, de la connectivité cloud ou des mécanismes de sécurité.

La qualification demande encore plus de précision lorsqu’une plateforme ne repose pas exclusivement sur un LAN de peering. Hopus, par exemple, se présente comme un service d’interconnexion proposant un transit IP avec un ensemble de routes et une tarification liée au trafic, opéré par HOPUS SAS à Marseille. Il est donc pertinent de l’évoquer dans une analyse de l’interconnexion, mais sans le mettre automatiquement au même niveau qu’un IXP L2 traditionnel dans une statistique de gouvernance.

4. Quelles règles organisent la participation ?

La gouvernance concrète s’observe dans les statuts, la représentation des membres, les droits de vote, la composition du conseil d’administration, les politiques de peering autorisées, les règles d’accès, les garanties de non discrimination et la transparence sur les tarifs ou les indicateurs. Le mot « neutre » est important dans le secteur, mais il ne doit pas devenir un raccourci : la neutralité est le produit de règles, de pratiques techniques et de mécanismes de redevabilité, davantage que d’une seule étiquette juridique.

Un IXP contrôlé par un actionnaire 100 % privé étant lui-même opérateur télécom devrai être particulièrement observé pour connaître les politiques évoquées plus haut (non discrimination, égalité des membres). Une attention particulière pourra être apportée sur la stabilité financière, la transparence ainsi que les bénéficiaires effectifs en dernier recours. Qu’adviendrait-il de l’IXP, si l’opérateur télécom propriétaire de l’IXP venait à changer de mains ?

Il en est de même pour les sociétés privées qui ne font qu’exploiter un IXP. Il s’agit d’ailleurs en général plus d’IXP multi-point qui proposent du transport inter-cité, plus que du peering local.

Une photographie raisonnée du corpus européen

À partir du matériau initial, les informations publiques de 38 plateformes européennes distinctes ont été vérifiées puis classées selon le contrôle effectif ou la gouvernance, plutôt que selon la seule forme de leur opérateur. ECIX et MegaIX sont consolidés, puisque l’ancienne marque ECIX a été intégrée à Megaport. Hopus est représenté dans l’analyse qualitative mais exclu de ce décompte, car son offre se présente comme une interconnexion routée et un service de transit IP de couche 3.

Figure 2. Répartition dans un corpus documentaire de 38 plateformes. Cette figure décrit un échantillon analysé, et non un classement par trafic, par nombre de membres ou par importance économique.

La répartition montre une majorité de modèles collectifs ou de fondation dans cet échantillon, complétée par un ensemble substantiel d’infrastructures académiques ou publiques et par des plateformes sous contrôle commercial. Ce graphique n’indique ni la taille relative des organisations, ni la qualité de leurs services, ni la maturité de leurs politiques de sécurité. Il traduit uniquement une structure de contrôle à une date donnée.

On observa toutefois que les principaux acteurs européens sont de type associatif avec un sur-structure opérationnelle sous forme de société, ou en gestion directe par l’association ou la fondation.

Famille retenue dans le corpusNombre de plateformesPart indicativeCe que la catégorie décritExemples représentatifs
Contrôle collectif ou fondation1847 %Membres, association, consortium ou fondation à but non lucratif contrôlent l’orientation.AMS-IX, DE-CIX, LINX, France-IX, MIX, Namex.
Académique ou public1026 %Université, réseau de recherche, organisme public ou intergouvernemental.VIX, SFINX, BNIX, GR-IX, CATNIX.
Filiale d’opérateur ou de datacenter513 %Le contrôle relève d’un groupe télécom, d’un datacenter ou de sa filiale.Equinix IX, NL-ix, MSK-IX, Thinx, Eurasia Peering.
Société privée indépendante513 %Société ou groupe privé indépendant exerçant le contrôle.MegaIX, NetIX, DATAIX, Piter-IX, Nine-IX.

Précaution statistique. Les statistiques de trafic, de membres et de capacité publiées par les IXP ne recouvrent pas toujours le même périmètre, la même date ni la même méthode de mesure. Elles sont utiles pour décrire une plateforme, mais ne doivent pas être agrégées sans protocole commun. Euro-IX met à disposition IXPDB comme ressource de référence pour explorer les données publiées par les IXP.

Les modèles associatifs, collectifs et de fondation

Le principe : l’infrastructure est organisée autour de ses parties prenantes

Dans un modèle associatif ou collectif, l’IXP est généralement conçu comme une infrastructure partagée par une communauté d’opérateurs, de fournisseurs de contenus, d’hébergeurs, d’entreprises et d’institutions. Les membres élisent un conseil, votent en assemblée générale, contribuent aux orientations et font évoluer les règles collectives. Selon les cas, l’organisation est une association, une coopérative de fait, une company limited by guarantee, un consortium, un GIP, un GIE ou une fondation qui détient une société d’exploitation.

AMS-IX est ainsi présenté comme une association à but non lucratif dont les membres contrôlent AMS-IX B.V. par l’intermédiaire d’une assemblée générale et d’un conseil d’administration. LINX est une organisation mutuelle à but non lucratif, détenue par ses membres sous la forme britannique de company limited by guarantee. NIX.CZ est une association de personnes morales à but non lucratif, administrée collectivement par ses membres.

Cette famille n’est pas homogène. MIX est une S.r.l. italienne dont le capital est réparti entre opérateurs et l’association AIIP, avec une limitation statutaire destinée à éviter qu’un actionnaire ne concentre le contrôle. Netnod est une société suédoise détenue à 100 % par la fondation non lucrative TU-stiftelsen. EPIX est exploité au sein d’une architecture liée à l’association e-Południe, qui fédère notamment des opérateurs de petite et moyenne taille en Pologne.

IXPArchitecture de contrôleForme d’exploitation ou particularitéEnseignement de gouvernance
DE-CIXeco, association de l’industrie Internet, est l’unique actionnaire de DE-CIX Group AG.Groupe opérateur sous forme d’AG.Une société peut rester contrôlée par une association.
France-IXFRNIX, association à but non lucratif, est l’actionnaire unique de France-IX Services SASU.Société d’exploitation avec comité stratégique.La séparation association et opérateur peut formaliser les rôles.
AMS-IXAssociation AMS-IX et contrôle par les membres.AMS-IX B.V. comme société opératrice.L’association peut piloter une filiale dédiée.
LINXOrganisation mutuelle détenue par les membres. 7Company limited by guarantee.La forme sans capital social classique peut soutenir une logique de membres.
MIXActionnariat réparti et plafonné entre acteurs du secteur.S.r.l. italienne.Une structure sociétaire peut organiser un contrôle pluriel.
NetnodFondation TU-stiftelsen.Netnod AB.Le modèle de fondation sépare mission et exploitation.

Ce que ce modèle cherche à organiser

Le premier objectif est fréquemment la représentation équilibrée des membres et la continuité d’une infrastructure considérée comme commune à un écosystème. Les IXPs sont souvent considérés comme des biens communs à leur échelle, régionale ou nationale. Il peut favoriser des processus de décision discutés collectivement, une perception de neutralité liée à l’absence de contrôle par un seul opérateur, ainsi qu’une forte proximité avec la communauté technique locale.

Il n’implique cependant pas automatiquement une administration simple ni des ressources financières illimitées. Une gouvernance de membres doit arbitrer entre vitesse de décision, diversité d’intérêts, renouvellement des administrateurs, financement de l’infrastructure et évolution du portefeuille de services. Une structure collective performante dépend donc de la qualité de ses statuts, de son exécution opérationnelle et de son dialogue avec les réseaux connectés, non de son statut seul.

Ce modèle garantit en revanche que l’avis des membres et des clients peut être écouté et pris en compte dans les décisions de gestion ou de nouveaux services de l’IXP.

Un point différenciant fort du modèle associatif réside dans sa quasi-impossibilité de revente de l’IXP. L’association qui vendrait l’IXP perdrait tout intérêt d’existence et aurait du mal à utiliser les fonds perçus, sauf à assister à une vente en état de faillite de l’IXP, ce qui est rare.

Le cas particulièrement instructif de DE-CIX

DE-CIX est souvent classé trop vite comme commercial du fait de DE-CIX Group AG, peut-être du fait de son nom complet en allemand : Deutscher Commercial Internet Exchange. Sa propre présentation institutionnelle indique pourtant explicitement que l’unique actionnaire du groupe est ECO, l’association de l’industrie Internet. Pour analyser sa gouvernance, il convient donc de distinguer le véhicule sociétaire de l’actionnariat et des mécanismes de contrôle.

La même lecture s’applique à France-IX. FRNIX explique que France-IX Services SASU a été créée pour assurer une exploitation et une gestion professionnelles de l’IXP, tandis que l’association actionnaire garde les décisions majeures. Dans les deux cas, l’article ne conclut pas qu’un modèle serait supérieur. Il constate que les architectures hybrides associant une gouvernance collective et une organisation opérationnelle sociétaire semblent être le modèle dominant en Europe.

Les modèles académiques, publics et de recherche

Une mission d’infrastructure au service d’un écosystème national ou régional

Plusieurs IXP européens sont nés ou sont opérés dans l’environnement universitaire, de la recherche et de l’administration publique. Leur raison d’être peut être le soutien à l’interconnexion nationale, la qualité de service pour l’enseignement et la recherche, ou la mutualisation de capacités au bénéfice d’un territoire. Leur cadre institutionnel peut leur procurer une stabilité particulière, tout en inscrivant les décisions dans les règles d’un établissement ou d’un organisme public.

VIX est opéré par le service informatique central de l’Université de Vienne. SFINX est intégré à RENATERIX et opéré par le GIP RENATER. NIX en Norvège est exploité par le centre informatique de l’Université d’Oslo. SIX.SI relève d’ARNES, le réseau académique et de recherche slovène.

D’autres exemples rappellent que l’étiquette « public » couvre aussi des réalités différentes. BNIX est opéré par Belnet, le réseau belge de recherche et d’enseignement. GigaPIX relève de l’unité FCCN de la Fundação para a Ciência e a Tecnologia au Portugal. CATNIX est opéré par le consortium public CSUC en Catalogne, tandis que le CIXP est une infrastructure d’échange liée au CERN.

IXPAncrage institutionnelIncidence organisationnelle à examiner
VIXUniversité de Vienne.Les fonctions IXP s’inscrivent dans une organisation universitaire.
SFINXGIP RENATER et service RENATERIX.L’infrastructure s’articule avec le réseau national de recherche.
NIXUniversité d’Oslo.L’opération relève d’un service universitaire.
BNIXBelnet, réseau national de recherche belge.La gestion dépend d’une entité publique de réseau.
CATNIXConsorci de Serveis Universitaris de Catalunya.Un consortium public universitaire et territorial porte l’infrastructure.
CIXPCERN.Le cadre est celui d’une organisation intergouvernementale de recherche.

Un IXP public ou académique n’est pas nécessairement figé ni limité à un type de participant. Les conditions d’accès, les politiques de peering et l’offre technique varient selon les organisations. De même, il serait réducteur de déduire une plus grande ou une moindre neutralité d’une origine universitaire. Là encore, la gouvernance effective, les règles d’accès et les engagements opérationnels sont les éléments déterminants.

Les modèles commerciaux et les filiales d’opérateurs

Une logique de plateforme intégrée ou de croissance spécialisée

Dans un modèle commercial, l’IXP est exploité et contrôlé par une entreprise privée, un opérateur télécom, un groupe de datacenters ou une société cotée. Cette configuration peut s’inscrire dans une offre plus large : colocation, cloud connectivity, interconnexion privée, accès à distance, services Ethernet, sécurité, backbone international ou services managés.

Equinix Internet Exchange s’intègre à l’offre mondiale d’Equinix, un groupe de datacenters coté. NL-ix est rattaché à KPN depuis son acquisition en 2011. MSK-IX est contrôlé par Rostelecom via RTComm.RU. Thinx est exploité par Atman, un opérateur polonais de datacenters et de connectivité. Eurasia Peering est opéré par une entité du groupe IXcellerate.

D’autres plateformes relèvent de sociétés privées spécialisées. MegaIX, qui intègre l’héritage d’ECIX en Europe, fait partie de Megaport, groupe coté en Australie. NetIX est une plateforme de Neterra, acteur bulgare de connectivité. DATAIX et Piter-IX sont exploités par des sociétés privées dans l’écosystème russe.

PlateformeType de contrôlePositionnement public décrit par l’opérateurPoint de vigilance analytique
Equinix IXGroupe de datacenters coté.Échange Internet intégré à l’écosystème Equinix.Distinguer l’IX de la présence en colocation elle-même.
NL-ixFiliale rattachée à KPN.IXP distribué à l’échelle européenne.Examiner les mécanismes concrets d’indépendance et d’accès.
MSK-IXFiliale contrôlée par Rostelecom.Plateforme multiservices pour le marché russe.Ne pas réduire la qualité de service au statut de l’actionnaire.
MegaIX / ECIXMegaport, groupe coté.Exchange distribué et interconnexion à la demande.Distinguer l’héritage ECIX de la plateforme consolidée.
NetIXLié à Neterra opérateur en Bulgarie.IXP distribué et connectivité internationale.Séparer activité IXP et autres services du groupe.
Nine-IXSociété française, liée à MOJI.IXP européen et Ethernet fabric.Le modèle associe fabric L2 et services complémentaires.

Le contrôle privé ne préjuge ni de l’ouverture de la plateforme ni de l’intensité de la concurrence potentielle de l’IXP avec ses propres membres/clients. Il peut faciliter une stratégie de déploiement rapide, une intégration de services ou une mobilisation directe de capital, mais il pose aussi ses propres questions : articulation avec les autres métiers du groupe, transparence tarifaire, portabilité, gestion des conflits d’intérêts potentiels et lisibilité des engagements de neutralité. Ces questions sont légitimes pour tout acteur de l’interconnexion, quel que soit son modèle.

Dans un tel modèle, c’est malgré tout l’intérêt de l’actionnaire d’origine (réseau de transport, datacenter) qui primera pour déterminer les orientations que prendra l’IXP et la voix des membres/clients n’est pas toujours prise en compte.

Comparer les modèles avec des critères communs

La comparaison devient plus solide lorsqu’elle s’appuie sur des questions identiques pour toutes les formes d’organisation. Le tableau suivant ne note pas les modèles. Il met en évidence les sujets que devrait examiner un réseau, un membre potentiel, une collectivité ou un observateur de l’écosystème.

CritèreQuestions à poser dans un modèle associatif, collectif ou de fondationQuestions à poser dans un modèle académique ou publicQuestions à poser dans un modèle commercial ou privé
ContrôleQui peut voter et dans quelles proportions ? Comment sont élus les administrateurs ?Quelle est la tutelle institutionnelle ? Quel est le mandat de service ?Qui détient le capital et comment se structurent les décisions ?
ExploitationL’opérateur est-il interne, filiale ou externalisé ?Quelles équipes et quels budgets assurent la continuité ?Comment l’IXP s’articule-t-il avec les autres métiers du groupe ?
Neutralité et accèsQuelles politiques de peering, d’adhésion et de prix s’appliquent ?Les règles sont-elles accessibles à tous les réseaux éligibles ?Quels mécanismes séparent l’IXP des intérêts commerciaux connexes ?
InvestissementComment sont financés les renouvellements, extensions et innovations ?Quel est l’horizon budgétaire et administratif ?Quel est le rythme d’investissement et la pérennité de l’offre ?
ServicesQuels services complètent le peering sans en modifier les règles ?Le mandat couvre-t-il aussi des besoins de recherche et d’enseignement ?Quels services intégrés sont proposés, et avec quels engagements ?
TransparenceOù trouver statuts, comptes rendus, prix et statistiques ?Quels indicateurs publics permettent l’évaluation ?Quels engagements contractuels, indicateurs et règles de non discrimination sont publiés ?

Le statut de l’opérateur est donc seulement un point de départ. Une association peut avoir une activité commerciale de services. Une société peut être détenue par une association. Un réseau de recherche peut accueillir une communauté de participants très diverse. Un opérateur commercial peut publier une politique de peering ouverte et de solides garanties techniques. La comparaison utile porte sur les faits observables.

Taille, trafic et couverture : des indicateurs nécessaires, mais à contextualiser

Les indicateurs techniques restent essentiels. Nombre de réseaux, trafic de pointe, capacité de ports, nombre de sites, densité de l’écosystème, diversité des ASN et présence de fournisseurs de contenu renseignent sur la dynamique d’une plateforme. Cependant, une comparaison directe demande de préciser le périmètre et la date.

Par exemple, les tableaux publics de DE-CIX, AMS-IX, LINX ou France-IX permettent de suivre des indicateurs à haute fréquence ou par site. Mais un chiffre de pic à Francfort ne se compare pas automatiquement à un chiffre global multi-site ; un nombre de membres peut désigner des clients, des ASN, des ports actifs ou des organisations selon la plateforme ; une capacité totale installée ne mesure pas le trafic effectivement échangé.

La bonne pratique consiste donc à publier chaque indicateur avec sa définition, sa date, son périmètre géographique et sa source. Pour un article de gouvernance, les chiffres de trafic servent d’illustrations individuelles et non de verdict sur les modèles. L’IXPDB d’Euro-IX et PeeringDB sont des compléments précieux pour recouper les données publiées directement par les plateformes, sous réserve de prendre en compte leurs mises à jour et conventions respectives.

Ce que révèle la coexistence des modèles d’IXP européens

L’Europe, tout comme les autres régions du monde, ne présente pas une architecture unique de l’interconnexion. Elle rassemble des organisations communautaires de grande taille, des acteurs publics ou académiques de longue date, des IXP rattachés à des opérateurs de télécommunications, des plateformes adossées à des datacenters, ainsi que des entreprises privées spécialisées dans le fabric et l’interconnexion distribuée.

Cette pluralité peut être interprétée comme une capacité d’adaptation. Les marchés très denses peuvent faire coexister plusieurs IXP, avec des positionnements, des topologies et des politiques différentes. Les territoires où l’écosystème est plus émergent peuvent s’appuyer sur une communauté d’opérateurs, une université ou un réseau national de recherche. Les groupes privés peuvent proposer une intégration avec la colocation, le cloud et des services Ethernet, tandis que les organisations de membres peuvent structurer une représentation directe de l’écosystème local.

L’ISOC insiste sur l’idée qu’aucune architecture n’est universelle : différentes régions tirent parti de différents modèles, qu’ils soient commerciaux, non lucratifs ou communautaires. La conclusion n’est donc pas de choisir un statut abstrait, mais d’évaluer l’adéquation entre un contexte de marché, une communauté de réseaux, les contraintes de financement, les objectifs de résilience et les services recherchés.

Conclusion : préférer la précision aux catégories rapides

Décrire les IXP comme uniquement « associatifs » ou « commerciaux » est commode, mais insuffisant. La distinction pertinente sépare au moins quatre dimensions : le contrôle, l’exploitation, les services et les règles de gouvernance. Elle permet de comprendre pourquoi DE-CIX ou France-IX peuvent être opérés par des sociétés tout en étant contrôlés par des associations, pourquoi VIX ou SFINX relèvent d’organisations académiques et publiques, pourquoi Equinix IX, NL-ix, Nine-IX, MSK-IX ou Thinx appartiennent à des groupes privés ou d’opérateurs, et pourquoi et Hopus appellent une lecture particulière de leur périmètre de service.

Cette précision protège le débat de deux écueils. Le premier consiste à assimiler mécaniquement société et contrôle privé. Le second consiste à associer automatiquement un statut à une qualité technique, à une neutralité effective ou à une capacité d’innovation. Dans la pratique, ces qualités se construisent par des règles publiques, une architecture robuste, des équipes compétentes, des investissements cohérents et une relation de confiance avec les réseaux connectés.

Pour les acteurs de l’interconnexion, la bonne question n’est donc pas « quel modèle faut-il préférer ? ». Elle est plutôt : quel modèle de contrôle, d’exploitation et de services est le plus lisible et le plus adapté au besoin considéré, et quelles garanties concrètes permettent de l’évaluer ?

Une fois ces éléments compris, on peut mieux sélectionner le type d’IXP sur lequel on souhaite se connecter.

Liste des IXP cités

IXP Associatifs ou Collectifs / Fondations

IXPSite Web
AMS-IXams-ix.net
DE-CIXde-cix.net
LINXlinx.net
France-IXfranceix.net
MIXmix-it.net
Namexnamex.it
NIX.CZnix.cz
EPIXepix.pl
Netnodnetnod.se

IXP Académiques ou Publics

IXPSite Web
VIXvix.at
SFINXsfinx.fr
BNIXbnix.be
GR-IXgr-ix.gr
CATNIXcatnix.cat
NIX (Norvège)nix.no
SIX.SIsix.si
GigaPIXgigapix.pt
CIXP (CERN)cixp.cern

IXP Commerciaux ou Filiales d’Opérateurs/Datacenters

IXPSite Web
Equinix IXequinix.com/services/interconnection
NL-ixnl-ix.net
MSK-IXmsk-ix.ru
Thinxthinx.net
Eurasia Peeringeurasiapeering.com
MegaIXmegaix.net
NetIXnetix.net
DATAIXdataix.ru
Piter-IXpiter-ix.ru
Nine-IXnine-ix.net

Autres (modèles hybrides ou spécifiques)

IXPSite Web
Hopushopus.net

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